Soheib Bencheikh ,
candidat à la présidentielle 2007
Le " rétablissement de l'idéal laïque "
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Marianne et le Prophète est l'essai d'un universitaire et d'un homme de foi, Soheib Bencheikh, qui s'interroge : comment l'islam peut-il s'intégrer dans une société laïque ? L'islam était presque absent de France quand fut promulguée la loi de 1905. Quelle est donc aujourd'hui la position juridique et idéologique de notre pays face aux quatre millions de musulmans qui l'habitent ? Peut-il ignorer leur besoin grandissant de lieux de culte, de cimetières, leur soif de reconnaissance surtout ? Et comment l'islam, religion qui parfois inquiète, majoritaire sur ses terres d'origine, traditionnellement soutenue par un pouvoir politique, peut-il vivre en harmonie dans un pays laïque ? Pour Soheib Bencheikh, le coeur de la question, c'est la laïcité, qu'on brandit en tous sens et dans tous les débats : la laïcité est-elle une amie contre la religion ? Un refus de Dieu, de ses rites, de ses lieux de culte ? Ou est-elle une volonté de liberté, de tolérance, fruit d'une histoire et d'une Révolution ? A travers l'expérience française et au-delà, Soheib Bencheikh voit la possibilité d'un islam réformé. La confrontation avec la neutralité positive de l'Etat serait une chance pour l'islam, et peut-être aussi, une chance pour la France.
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Extraits de "Marianne et le Prophète, l'Islam dans la France Laïque"
de Soheib Bencheikh,
La foi occupe une place importante dans l’identité des Musulmans. Mais la foi se traduit chez la plupart d’entre eux par l’observance de l’enseignement religieux. Celui-ci a été élaboré et formulé entre le 8° et le 12° siècle et n’a connu depuis ni réforme ni mise à jour.
L’expression identitaire des musulmans se trouve alors déclarée par rapport aux besoins réels et aux véritables attentes de notre époque.
La foi qui anime les musulmans les met en face à un vrai dilemme. La pratique intégrale de l’Islam ne peut se faire sans marginalisation et la négligence de cette pratique donne un fort sentiment de culpabilité.
Le simplisme des musulmans modérés
Cependant une modernisation qui n’est pas l’aboutissement d’une évolutions sociale propre à ces pays mais importée de l’occident pour rattraper un énorme retard civilisationnel.
Dans les années soixante, la plupart des pays musulmans ont opté pour la modernité politique. Ils sont devenus en général des républiques ou des monarchies constitutionnelles. Mais ces choix sont restés de pure théorie. Aucune réforme n’a été engagée pour que la théologie musulmane épouse ce tournant historique et le peuple vit dans un décalage dangereux entre son statut de citoyen et sa qualité de croyant.
Aujourd’hui, et malgré le retour fulgurant et exigeant de l’Islam, la majorité des musulmans vivent leur religion dans la modération. Mais cela ne va pas sans malaise. Car cette modération n’est pas le produit d’un travail cohérent et convaincant : elle est dictée par l’instinct, le bon sens ou simplement par pragmatisme et besoin de sociabilité.
Les intellectuels se réclamant de la confession musulmane répètent sans cesse que l’Islam est fraternité, paix et tolérance. Ils ont certainement raison, mais ils n’ont aucun soutien théologique qui permette d’appuyer la plupart de leurs affirmations.
Les modérés veulent à la fois relever et embellir l’image de leur religion et établir les meilleures relations avec le monde. Ce qu’ils disent de l’Islam souvent avec un sincérité spontanée n’est pas le résultat d’un travail théologique laborieux ou déductions textuelles logiques mais des affirmations ne traduisant en vérité qu’un souhait.
Seule la version archaïque du droit musulman demeure sur le terrain accessible à tous, cohérente avec elle-même et offrant une vision globale des choses. Cependant, son application dans le domaine relationnel relève de la folie.
La relecture de l’Islam
La foi n’est pas la théologie. Si la foi est un mystère qui transcende l’intelligence de l’homme, la théologie, ce discours sur Dieu » est une tentative, un essai provisoire d’élucider la foi par l’intelligence. Cette distinction entre foi et théologie doit être présente dans l’esprit des exégètes de tous les siècles et de toutes les religions afin de ne pas stagner dans une théologie issue d’un moment historique donné et d’assurer l’universalité d’une foi vivante.
C’est cette distinction qui fait défaut aujourd’hui dans les études islamiques.
Ainsi, chaque génération, chaque groupe habitant une région lit le Coran avec ses propres soucis et ses aspirations. C’est la brèche ou le temporel, avec son caractère changeant, intervient dans l’intemporel, intangible et éternel.
Cette brèche n’est pas le fruit du hasard ou d’une manœuvre qui vise à forger ou à forcer le texte. Bien des versets coraniques incitent le musulman à renouveler sa compréhension, et surtout à ne pas se contenter des résultats obtenus par les ancêtres. (…)
Tout ce que je suis en train d’avancer comme une évidence se voit violemment démenti par le vécu de l’Islam dans le monde musulman.
L’Islam sort d’une décadence de plusieurs siècles ou cette intelligence créative et interprétative a profondément hiberné. Durant ces siècles, les musulmans se sont trouvés devant un héritage théologique qui dépassent le seuil de leur compréhension, alors qu’ils doivent alimenter cet héritage ou même le remettre en cause. Du coup, ils ont sacralisé et l’Islam, et l’œuvre théologique de leurs ancêtres ;
Le problème est que cette théologie sclérosée qui nous est parvenue a été conçue pour un Islam majoritaire et souverain sur ses terres, et de plus pour une société tribale et clanique. C’est une théologie qui relève d’une époque ou les nations ne se rencontraient guère, sinon animées par un esprit de rivalité impérieux. C’est une théologie qui n’a aucun souci de convivialité, ni la moindre idée du pluralisme géré par des règles universelles telles la laïcité et la liberté religieuse, applicables et accordées à toutes les confessions.
Soheib Bencheikh - Marianne et le prophète, l’Islam dans la France laïque. P.145 et suivant – Le livre de poche (6 euros 50)
" Ou il marche avec son siècle, ou il reste à la marge
de la société moderne. Il n’y a pas d’avenir pour l’Islam sans laïcité " Soheib Bencheikh
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