Marianne et le prophète (S. Bencheikh)

Publié le par Kad

Marianne et le Prophète est l'essai d'un universitaire et d'un homme de foi, Soheib Bencheikh, qui s'interroge : comment l'islam peut-il s'intégrer dans une société laïque ? L'islam était presque absent de France quand fut promulguée la loi de 1905. Quelle est donc aujourd'hui la position juridique et idéologique de notre pays face aux quatre millions de musulmans qui l'habitent ? Peut-il ignorer leur besoin grandissant de lieux de culte, de cimetières, leur soif de reconnaissance surtout ? Et comment l'islam, religion qui parfois inquiète, majoritaire sur ses terres d'origine, traditionnellement soutenue par un pouvoir politique, peut-il vivre en harmonie dans un pays laïque ? Pour Soheib Bencheikh, le coeur de la question, c'est la laïcité, qu'on brandit en tous sens et dans tous les débats : la laïcité est-elle une amie contre la religion ? Un refus de Dieu, de ses rites, de ses lieux de culte ? Ou est-elle une volonté de liberté, de tolérance, fruit d'une histoire et d'une Révolution ? A travers l'expérience française et au-delà, Soheib Bencheikh voit la possibilité d'un islam réformé. La confrontation avec la neutralité positive de l'Etat serait une chance pour l'islam, et peut-être aussi, une chance pour la France.

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Extraits de "Marianne et le Prophète, l'Islam dans la France Laïque"
de Soheib Bencheikh,


La foi occupe une place importante dans l’identité des Musulmans. Mais la foi se traduit chez la plupart d’entre eux par l’observance de l’enseignement religieux. Celui-ci a été élaboré et formulé entre le 8° et le 12° siècle et n’a connu depuis ni réforme ni mise à jour.

L’expression identitaire des musulmans se trouve alors déclarée par rapport aux besoins réels et aux véritables attentes de notre époque.

La foi qui anime les musulmans les met en face à un vrai dilemme. La pratique intégrale de l’Islam ne peut se faire sans marginalisation et la négligence de cette pratique donne un fort sentiment de culpabilité.

Le simplisme des musulmans modérés

Cependant une modernisation qui n’est pas l’aboutissement d’une évolutions sociale propre à ces pays mais importée de l’occident pour rattraper un énorme retard civilisationnel.

Dans les années soixante, la plupart des pays musulmans ont opté pour la modernité politique. Ils sont devenus en général des républiques ou des monarchies constitutionnelles. Mais ces choix sont restés de pure théorie. Aucune réforme n’a été engagée pour que la théologie musulmane épouse ce tournant historique et le peuple vit dans un décalage dangereux entre son statut de citoyen et sa qualité de croyant.

Aujourd’hui, et malgré le retour fulgurant et exigeant de l’Islam, la majorité des musulmans vivent leur religion dans la modération. Mais cela ne va pas sans malaise. Car cette modération n’est pas le produit d’un travail cohérent et convaincant : elle est dictée par l’instinct, le bon sens ou simplement par pragmatisme et besoin de sociabilité.

Les intellectuels se réclamant de la confession musulmane répètent sans cesse que l’Islam est fraternité, paix et tolérance. Ils ont certainement raison, mais ils n’ont aucun soutien théologique qui permette d’appuyer la plupart de leurs affirmations.

Les modérés veulent à la fois relever et embellir l’image de leur religion et établir les meilleures relations avec le monde. Ce qu’ils disent de l’Islam souvent avec un sincérité spontanée n’est pas le résultat d’un travail théologique laborieux ou déductions textuelles logiques mais des affirmations ne traduisant en vérité qu’un souhait.

Seule la version archaïque du droit musulman demeure sur le terrain accessible à tous, cohérente avec elle-même et offrant une vision globale des choses. Cependant, son application dans le domaine relationnel relève de la folie.

La relecture de l’Islam

La foi n’est pas la théologie. Si la foi est un mystère qui transcende l’intelligence de l’homme, la théologie, ce discours sur Dieu » est une tentative, un essai provisoire d’élucider la foi par l’intelligence. Cette distinction entre foi et théologie doit être présente dans l’esprit des exégètes de tous les siècles et de toutes les religions afin de ne pas stagner dans une théologie issue d’un moment historique donné et d’assurer l’universalité d’une foi vivante.
C’est cette distinction qui fait défaut aujourd’hui dans les études islamiques.
Ainsi, chaque génération, chaque groupe habitant une région lit le Coran avec ses propres soucis et ses aspirations. C’est la brèche ou le temporel, avec son caractère changeant, intervient dans l’intemporel, intangible et éternel.

Cette brèche n’est pas le fruit du hasard ou d’une manœuvre qui vise à forger ou à forcer le texte. Bien des versets coraniques incitent le musulman à renouveler sa compréhension, et surtout à ne pas se contenter des résultats obtenus par les ancêtres. (…)

Tout ce que je suis en train d’avancer comme une évidence se voit violemment démenti par le vécu de l’Islam dans le monde musulman.

L’Islam sort d’une décadence de plusieurs siècles ou cette intelligence créative et interprétative a profondément hiberné. Durant ces siècles, les musulmans se sont trouvés devant un héritage théologique qui dépassent le seuil de leur compréhension, alors qu’ils doivent alimenter cet héritage ou même le remettre en cause. Du coup, ils ont sacralisé et l’Islam, et l’œuvre théologique de leurs ancêtres ;

Le problème est que cette théologie sclérosée qui nous est parvenue a été conçue pour un Islam majoritaire et souverain sur ses terres, et de plus pour une société tribale et clanique. C’est une théologie qui relève d’une époque ou les nations ne se rencontraient guère, sinon animées par un esprit de rivalité impérieux. C’est une théologie qui n’a aucun souci de convivialité, ni la moindre idée du pluralisme géré par des règles universelles telles la laïcité et la liberté religieuse, applicables et accordées à toutes les confessions.

Soheib Bencheikh - Marianne et le prophète, l’Islam dans la France laïque. P.145 et suivant – Le livre de poche (6 euros 50)

 

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Jean 24/12/2006 15:43

Arrêtez, Mr Bencheikh, de dire qu'il y a 4 millions de musulmans dans ce pays.D'abord les personnes originaires de pays musulmans sont beaucoup plus nombreuses, inutile d'essayer de maquiller les chiffres.Ensuite, il y a sans doute, et au grand maximum, quelques dizaines de milliers de musulmans dans ce pays. Les autres ne connaissent rien à rien de leur religion et vont fumer dans les wc durant le ramadan pour ne pas se faire mal voir. Car pour beaucoup, l'islam est devenu une mode, rien d'autre. Et ceux qui n'ont cure de leur religion d'origine ne le disent que rarement à d'autres personnes "musulmanes". Le tabou sur l'apostasie, sans doute...Dans le même genre, nous pourrions dire qu'il y a 50.000.000 de catholiques en France. Et combien d'entre eux sont allés à la Messe au moins une fois dans l'année ?Même pas 10%, à coup sûr. Cordialement

patricia 05/08/2006 17:51

Je lis 2 superbes  ouvrages en ce moment sur ce sujet plus que jamais d'acualité" le terrorisme islamiste à l'assaut des democraties" Alexandre Del Valle
et 27 propositions pour reformer l'Islam "Manifeste pour un islam des lumieres Malek Chebel"
Esperons que la candidature de Soheib Bencheikh permettra d'ouvrir le débat sur ce sujet qui pésera  lourdement dans le scrutin de 2007.

patricia 04/08/2006 13:00

Dans Marianne et le Prophéte j'ai aimé particulierement :
"L'islam est un message qui se propose et non un ordre qui s'impose"
" La différence entre musulmans et non musulmans est insignifiante au regard de leur ressemblance en tant qu'être humains qui aspirent au progrés et à la justice . Ce qui lie les hommes dans leur condition humaine est plus fort en effet que ce qui les distingue . Ce distinguo d'ordre strictement métaphysique , n'est ni prouvé , ni toujours approuvé"
qui pourraient peut être figurer dans les citations ......
 Ce blog est trés intéressant ......Bonne continuation
Cordialement

YB 05/08/2006 12:42

Il cite aussi le fameux verset du qoran "nulle contrainte en religion". Mais quand on voit le nombre d'interprétation de ces quelques mots, on s'interroge.Entre ceux qui n'y voient qu'une phrase purement symbolique non impérative, ou limitée dans le temps et l'espace (ne s'appliquait qu'aux Juifs de Médine du VIIème siècle) ou excluant certains non musulmans (femmes, enfants, apostats, prisonniers de guerre...), et ceux qui considerent la phrase comme juste spirituelle et non concrete (les Etats pouvant imposer les attributs extérieurs de l'allégeance à l'islam, mais ne peuvent influer sur les pensées des musulmans)... on se demande si citer les textes regle quelque chose.
L'intérêt c'est que le texte permettra toujours aux obscurantistes une interprétation allant dans leur sens. On proposera une interprétation littéraliste le plus souvent et plus distante, symbolique quand ça arrange comme pour ces versets plus progressistes.