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Pour une laïcité vivante !

-   L'affaire des caricatures du prophète ? Un effroyable révélateur de l'état de décomposition de la laïcité française. A quelques rares exceptions, médias et politiques ont lâchement cédés aux menaces. La critique laïque de l'islam n'est désormais plus possible en France. Le "blasphémateur" sera aussitot traité d' "islamophobe", voire trainé en justice par le Mrap ou la Ligue des Droits de l'homme.

-   On marche sur la tête ! Tandis que se dessine une véritable fracture de la gauche, entre anti-totalitaires et certains altermondialistes, tiermondistes fascinés par les sirènes islamistes de Tariq Ramadan, la droite communautariste de Sarkozy rêve de "dépoussiérer" la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. 

-   A plus de 80% attachés à la laïcité, les musulmans de France ne se reconnaissent pas dans cette caricature du Conseil Français du Culte musulman, censé les représenter. Cette majorité silencieuse est invisibilisé par les médias comme par les politiques.

-  Paradoxalement, c'est un religieux qui tire la sonnette d'alarme : l'ex-mufti de la mosquée de Marseille, signataire d'un manifeste prenant clairement position contre l'antisémitisme, l'homophobie et pour légalité des sexes.

- Le danger réel ne réside pas dans cette frange radicale islamiste minoritaire en France que Soheib Bencheikh connaît bien, mais dans les soutiens de plus en plus ouverts, de gauche comme de droite, de ses alliés ou "idiots utiles" qui par naiveté, manque de vigilance, lâcheté, complaisance ou adhésion réelle, font le jeu des intégristes.

Jeudi 11 octobre 2001
L’islam aujourd’hui est interrogé d’une certaine manière. Doit-il être réformé et pourquoi ? Ma réponse est oui. La foi n’est pas la théologie. Elle est le mystère qui transcende l’intelligence de l’homme. La théologie est une tentative de cette même intelligence pour comprendre le mystère. Il s’agit donc d’un travail humain, ancré dans le temps et dans l’espace. Le plus grand bonheur d’une religion vient de sa théologie, mais son plus grand malheur vient aussi de sa théologie quand elle se fige. Cette vérité se lit davantage dans la religion musulmane. L’islam n’a pas de clergé. La seule autorité en son sein est un texte, le Coran. Qui dit texte dit forcément lecture et interprétation du texte. Il est toujours lu et relu au travers des soucis et des aspirations de son ou de ses lecteurs, de ses attentes et de ses problèmes. Le Coran a été accompagné longtemps d’une intelligence créative et interprétative qui a su lui assurer une souplesse et une jeunesse renouvelées. Malheureusement, cette intelligence de la pensée musulmane et de la théologie musulmane est actuellement stagnante et cela depuis huit à sept siècles. Les musulmans d’aujourd’hui, pour partie, vivent le Coran avec la compréhension de leurs lointains ancêtres. Ceux-là entendent appliquer une justice qui était celle d’une société tribale et clanique et qui n’a plus lieu d’être. Ils ont sacralisé le texte et les commentaires faits sur le texte. Ils ont sacralisé l’islam et les exégèses issues de la compréhension des hommes. Cela, aujourd’hui crée un décalage dangereux entre notre statut de citoyens qui vivent leur société et leur siècle et notre statut de croyants qui veulent être en conformité avec une vérité spirituelle. Dans l’état actuel des choses, les deux s’excluent mutuellement. Le croyant fait allégeance à un souverain, se rattache à une lignée familiale et à sa confession. Le citoyen lui, est source de toute légitimité y compris politique. Nous sommes dans un état auquel nous avons légué provisoirement une souveraineté et qui doit justifier son utilité à tout moment. Les deux visions ne correspondent plus à cause d’un anachronisme flagrant entre la pensée religieuse et le vécu des musulmans. Toute réforme de l’islam doit d’urgence commencer par désacraliser le patrimoine de l’islam, tout l’ensemble des textes, des commentaires et du travail théologique autour du texte. Il faut retourner au texte et le relire avec une intelligence neuve, avec la culture et les soucis de l’homme d’aujourd’hui.

(L'Humanité - 11/10/01)
par Kenavo publié dans : Revue de presse
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