Ancien mufti de Marseille, membre du Conseil français du culte musulman, il nous explique les raisons de son engagement dans la bataille politique.
études religieuses de l’Ecole pratique des hautes études à Paris. Connu pour ses prises de position anti-fondamentalistes, pour son engagement en faveur d’une adaptation de l’islam à la République, à la laïcité, il s’est encore distingué lors de la crise internationale liée aux caricatures du prophète Mohammed (QSSSL) au printemps dernier, en se déclarant «contre toute action en justice ou manifestation» contre la publication des caricatures. «C’est grâce à la liberté d’expression que l’Islam se défend que moi-même je peux à tout moment et quand je le désire exposer mon message», soulignait-il alors. Soheib Bencheikh, qui était nommé membre du Conseil français du culte musulman, avant de prendre ses distances avec cette instance, nous explique pourquoi il a décidé de se lancer dans la bataille politique de l’élection présidentielle. Soheib Bencheikh : je me sens, depuis toujours, appelé à faire un travail public Pour exprimer haut et fort mes convictions. Je l’ai fait pendant longtemps en tant qu’intellectuel et «dignitaire religieux». Malheureusement, en France, je n’ai jamais été entendu. Lorsqu’on invite un laïc pour un débat, on invite toujours à côté un fanatique pour qu’ils se neutralisent mutuellement. J’ai cru dans un idéal républicain d’égalité, de fraternité, de laïcité, d’équité, de citoyenneté. Des citoyens tous égaux, l’unique distinction entre eux relevant de la compétence et de la manière de convaincre, sans aucune référence à l’aspect confessionnel, culturel ou « ethnique ». Aujourd’hui, je vois un jeu indigne, pour une France qui a engendré Jaurès, De Gaulle. Une France dans la main d’ambitieux carriéristes, d’hommes politiques qui, inspirés par Bush, jouent sur la peur.
Au moment où M. Sarkozy, par exemple, met en exergue les courants les plus radicaux des musulmans, représentés en majorité par l’UOIF, au moment où il banalise leur présence dans le paysage politico-religieux de la France, il profite de la peur suscitée par cette présence même.dans l’extrême-droite, voire la droite classique. Avec des mots à l’emporte-pièce qui ne peuvent que chatouiller l’imaginaire irrationnel, plus qu’autre chose. « On vous débarrasse de la racaille », «celui qui n’aime pas la France, qu’il la quitte». M. Sarkozy a fait voter une loi pour une «immigration choisie » -mais laquelle ? celle qu’on consomme ? l’immigration qualifiée ? On fait un tri du troupeau humain ? Qui vise-t-on derrière tout cela, sinon les maghrébins ? Les maghrébins francophones, intégrés avant la lettre qui bénéficient d’une éducation, imbibés dès leur enfance d’un idéal d’égalité à la française, malgré les séquelles de la colonisation.Je parle beaucoup des maghrébins, mais ma candidature n’est pas maghrébine, elle n’est pas musulmane : elle est citoyenne et laïque. L’idéal laïc, son génie, vient du fait qu’il respecte l’homme, tout homme, quelles que soient son origine, sa confession, ou son absence de confession. Libre à tout un chacun, selon ses affinités multiples, de s’associer ou de se fédérer, mais ça reste strictement dans la sphère privée et protégée par Constitution.
C’est aux laïcs de toutes origines, musulmans compris, qu’il revient de répondre. C’est à tous les dreyfusards. J’emploie ce mot puisque Dreyfus a perdu tous ses droits uniquement parce qu’il portait un nom juif. Si le nom patronymique de consonance arabe devient maintenant l’objet de la grande suspicion et prouve que nos aéroports sont dans les mains d’El-Qaïda (allusion au livre de De Villers, Les mosquées de Roissy, ndlr), ce n’est même pas une politique, c’est une sous-politique. C’est aux citoyens de tous bords de s’insurger contre, cette injustice qui porte atteinte gravement à l’image de la France, une France missionnaire pendant des siècles à travers le monde pour les droits de l’homme, pour transporter les valeurs de sa révolution. Aujourd’hui, apparemment, personne n’y croit. Mais il y a une immigration, choisie ou pas, qui a engendré ceux qui ont l’audace, des convictions dignes des pères de la Troisième République.
En tout cas, j’ai la certitude que tous les musulmans ayant soif de dignité, d’équité, s’identifieront bien dans cette audace. Si nous voulons gagner, c’est au nom d’une justice universelle, la dignité de l’homme, ses droits, la reconnaissance du citoyen, tout citoyen. Cette campagne sera l’occasion de montrer qu’il est possible avec ce discours d’être entendu.
Ma candidature banalise le fait de se présenter, de prétendre à la haute fonction de président de la République. Elle montre que c’est possible, qu’il faut seulement être armé par le verbe, la plume qui traduisent sa conviction. Mais la conviction doit être laïque, citoyenne, nourrie d’un idéal républicain.
L’idéal laïque à rétablir, justement. Il faut croire dans une France qui a donné des Jaurès, De Gaulle, même quand elle doutait d’elle-même, quand elle était au plus mal. Je suis le seul, dans cet échange politique, capable, de façon raisonnée, réfléchie, de résoudre le problème de la peur des Français devant l’Islam. C’est quoi, être musulman, représenter une religion, une idéologie. L’islam, s’il veut coller à son siècle, doit se moderniser chaque siècle. J’appelle les Français à rester fidèle à la mission historique de la France. J’appelle les musulmans à leur unique salut : s’accrocher aux principes fondamentaux, comme la laïcité.
Entretien réalisé à Paris, par Karima Goulmamine
(La nouvelle République - Alger - 08/07/06)
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de la société moderne.
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